Le bonheur conjugal – Tahar Ben Jelloun

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En dehors du fait que j’aime beaucoup Tahar Ben Jelloun, je dois avouer que c’est d’abord le titre de cet ouvrage qui m’a séduite : « Le bonheur conjugal » tout un programme.

Ce roman aurait tout aussi bien pu s’intituler ‘’Le désastre conjugal’’ car si bonheur il y eut il fut de courte durée.

Nous sommes au Maroc, lui est issu de la haute bourgeoisie de Fès tandis qu’elle, de dix ans sa cadette, est fille de paysans berbères. Fous d’amour, ils se moquent des différences sociales et culturelles, rien ne pourra jamais les séparer. Tout à leur passion, ils ignorent encore que la conjugalité est un parcours difficile qui se construit jour après jour à coups de compromis. Après quatre années idylliques l’incompréhension commence à s’installer entre ces deux êtres diamétralement opposés. Le bonheur va bientôt se transformer en enfer.

« Le bonheur conjugal » est un roman-procès. Son originalité tient au fait qu’il se décline en deux chapitres ou plutôt, devrais-je dire, en deux versions car Tahar Ben Jelloun, tel un conciliateur, prend le parti de donner la parole aux deux époux.

Dans la première partie, nous découvrons un peintre aigri, plein de rancœur envers sa femme qu’il juge responsable de tous ses maux en général et de son AVC en particulier. Hémiplégique, seul son cerveau reste encore actif, il ressasse sa vie passée. Une vie superficielle faite de réceptions mondaines, d’honneurs et de femmes, des quantités de femmes toujours offertes à son bon plaisir. En lisant son plaidoyer, on découvre quelqu’un d’égoïste, centré sur lui-même, convaincu de sa bonne foi. Un homme peu habitué à lutter, un nanti préservé par la vie depuis sa prime enfance.

La deuxième partie, quant à elle, est un réquisitoire sans appel. Celle que l’on appelle sa femme, jamais prénommée par l’auteur, donne sa version des faits et répond mot pour mot aux accusations de son mari. Son langage est brut de décoffrage, aucune volute ni fioriture, elle sent encore la terre rude et le manque de pain. Ses mots tombent comme une sentence, tranchants de vérité. Blessée, elle nourrit son désir de vengeance avec un seul but : Anéantir celui qu’elle considère comme un traitre. Son ennemi !

A travers cette histoire Tahar Ben Jelloun donne une vision du couple peu optimiste, il nous met en garde contre la négligence. Jamais moralisateur, il s’efforce d’être équitable en laissant les deux époux s’exprimer sur leurs échecs et pousse ainsi le lecteur à se faire une opinion.

Conclusion : Rien n’est jamais acquis. L’amour est fragile prenons en soin.

 

Le bonheur conjugal – Tahar Ben Jelloun

Editions Gallimard (2012)

 

 

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3 COMMENTAIRES

  1. Vaste sujet où il est essentiel de laisser les deux partis s’exprimer ! L’amour se construit à deux mais il se détruit parfois aussi à deux. Tellement difficile de le consolider dans la durée ! Bon WE Bisous

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